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Entrepreneuriat et risque

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Tôt dans l’année 2017, j’ai investi une petite somme dans diverses crypto monnaies - le bitcoin était autour de 2000€, et l’engouement médiatique commençait à frémir. En relatant l’information à des amis, la plupart ont été surpris. « Pourquoi investir dans quelque chose de si volatile ? Tu pourrais tout perdre !»

Ce qui m’a le plus troublé, c’est qu’aucun d’entre eux n’a imaginé que je pourrais avoir un profit nettement supérieur à la perte potentielle. Autrement dit, ils ne considéraient que le côté risque mais jamais le côté récompense. Ils n’ont pas davantage demandé le % de mes investissements totaux que représentait celui-ci en particulier.

L’un d’eux m’a marqué: il venait d’investir l’intégralité de ses économies en apport pour l’achat d’un appartement. L’idée de perdre une petite somme dans un placement risqué lui semblait insurmontable, mais si le marché immobilier perdait 20% de sa valeur dans les prochaines années, il perdrait 100 fois la valeur de mon investissement.

Cette expérience m’a fait réaliser que plusieurs choses sont naturellement difficiles pour nous:

  • Connaître nos objectifs

  • Envisager des évènements improbables 

  • Pouvoir prendre des risques calculés

Savoir ce que l’on veut

Pour gagner gros, seules deux options existent : la chance - qui n’est pas une stratégie - et la prise de risque. Mais « gagner gros » ne signifie pas nécessairement de l’argent - cela peut représenter n’importe quel objectif personnel ou professionnel. Connaître son étoile du nord, noter quelque part les valeurs qui nous sont chères (temps libre ? argent ? réputation ?) et s’y référer pour chaque décision est indispensable pour faire des choix difficiles. 

En fait, ce qu’on oublie souvent, c’est que chaque décision présente un risque des deux côtés. Ne pas faire quelque chose peut être beaucoup plus risqué que de le faire, car il peut nous garder éloigné de ce que l’on désire.

« Si je prends ce job, je gagnerai plus d’argent » La décision est une évidence, car il ne semble pas y avoir de risque.

« Si je prends ce job, je gagnerai plus d’argent mais je passerai moins de temps avec ma famille ». La décision n’est plus si simple. Pour certains, ne travailler qu’un jour par semaine et profiter de leur famille vaut toutes les fortunes du monde, même s’ils doivent se serrer la ceinture. Et il vaut mieux être sûr de son coup.

Connaître ses objectifs est néanmoins insuffisant à appréhender le risque, si nous sommes incapables de le mesurer… ce qui nous amène au prochain point.

Être réaliste sur notre monde

Dans son ouvrage « The Black Swan », Nassim Taleb décrit deux sociétés : le Médiocristan, celui où nous pensons vivre, est un monde où les prédictions raisonnées ont souvent raison car il n’existe pas d’évènements disruptifs. Quant à l’Extrémistan, le monde dans lequel nous vivons réellement, c’est un monde où des évènements imprévisibles peuvent rebattre entièrement les cartes. Le CoVid, le 11 septembre 2001, les Beaux-Arts de Vienne qui refusent la candidature d’un autrichien de 19 ans, tout cela est impossible à prévoir, et le seul moyen de se prémunir des conséquences est de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. 

C’est probablement le sentiment d’être en Médiocristan qui a poussé Kodak à ne pas investir dans l’appareil photo digital, car “ça ne fonctionnera jamais”. S’ils avaient investi seulement 20% de leur budget d’innovation dans cette nouvelle technologie, ils seraient en bien meilleure forme aujourd’hui… ce qui nous amène à la variance.

Prendre des risques calculés

Ce que les joueurs de poker (et les amateurs de martingale) ont parfaitement compris, c’est que de prendre une décision gagnante 51% du temps était une bonne opération, du moment que l’on peut se permettre un certain nombre d’échecs consécutifs. Ainsi, pour amortir la variance du hasard, il faut avoir les poches pleines: ne jamais investir davantage que ce que l’on peut perdre, si l’on perdait plusieurs fois d’affilée.

L’investissement est donc toujours relatif plutôt qu’absolu. Un placement “risqué” de 1000€ a un impact différent selon s’il représente 1% ou 50% de notre capacité d’investissement. 50% c’est du risque, 1% c’est de la stratégie.

Cette réflexion, fondamentale en finance, s’applique dans tous les domaines de la vie, et plus encore dans l’entrepreneuriat.

Pourquoi savoir pondérer le risque est capital quand on crée une startup ? 

Je parle souvent à des entrepreneurs très inquiets à l’idée de prendre des risques : “Et si ça froissait mes prospects ?” “Et si mon concurrent l’apprenait ?”

Et je leur réponds systématiquement: “Qu’est-ce que tu as à perdre ?”

Une startup passe par plusieurs phases avant le succès. La première, l’early stage, a un ratio risque/récompense démesurément en faveur de la récompense potentielle. C’est pour cela que cette période amène souvent un sentiment grisant de liberté que les entrepreneurs accomplis cherchent à retrouver. Avant d’avoir des clients, des employés et des investisseurs… un entrepreneur n’a littéralement rien à perdre, sauf un peu d’amour propre (si c’est ton étoile du nord, n’entreprends pas !). Donc il faut tout essayer: contacter des gens que tu n’aurais pas osé contacter (always talk to the boss), essayer des techniques marketing qui sortent de la norme (tu as pensé au courrier papier écrit main ?), envoyer des mails un peu plus expéditifs qu’a l’accoutumée…

À l’origine, le flou légal d’Uber les exposait à des amendes salées. Mais comme Oussama Amar le dit si bien « Si ta boite se prend le mur, tu n’auras jamais à payer les avocats, et si elle marche bien, tu pourras te le permettre ». 

En conclusion

Raisonner en termes de risque/récompense permet d’être en paix avec nos décisions. Cela réduit le stress du quotidien sur ce qu’on ne contrôle pas, tout en améliorant notre capacité à prendre des décisions fermement et rapidement, car elles sont pondérées.

La vision alternative, qui ne permet de considérer un choix que comme 100% correct ou incorrect, mène inévitablement à une amertume contre-productive. On ne peut pas tout prévoir.

On sait ainsi que de suivre un tapis pré-flop avec une paire d’AS servie est une bonne décision, même si sur cette main spécifique, l’adversaire a touché sa couleur à la river… et tu rentres les mains vides. ♠️

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